La mésange, plus forte que le pesticide

J’ai participé le 18 septembre à un colloque organisé par l’association « Demain la terre » au Sénat sur le thème des pratiques écologiques en agriculture. Cette association regroupe 8 producteurs de fruits et légumes qui se sont rapprochés pour s’entrainer et s’entraider au développement durable, sous toutes ses dimensions : diminuer les intrants phytosanitaires, les consommations d’énergie et les productions de déchets, préserver l’eau et la fertilité des sols, favoriser la biodiversité, mais aussi favoriser les relations économiques durables et mettre en œuvre des politiques sociales. Une raison de plus de croire à l’avenir de l’agriculture et des agriculteurs et à leurs capacités à inventer un avenir à la hauteur des enjeux.

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700 nichoirs à mésanges pour détroner les firmes phyto, créer des emplois et ravir le consommateur

Parmi les innovations présentées, j’en retiens une, aussi symbolique que… bucolique : le Verger de la Blottière, dans le Maine et Loire, a installé, outre le goutte à goutte qui a fait diminuer sa consommation d’eau de moitié, 700 nids de mésanges. Ces charmantes petites bêtes doivent nourrir leurs nichées juste au moment où arrivent les larves de la redoutable carpocapse, un papillon parasite de la pomme, et s’en régalent (à raison de 800 sorties par jour !). Résultat : plus d’insecticide et des pommes parfaitement saines ! Un magnifique sans faute qui montre à quel point l’agriculteur du futur doit devenir un véritable éleveur, et protéger quotidiennement ses troupeaux d’auxiliaires, ici mésanges, mais aussi naturellement vers de terre, abeilles, chouettes, hirondelles, chauve-souris, coccinelles, carabes, etc. Pas si facile, mais si enthousiasmant et si porteur d’avenir !

Citons aussi, parmi d’autres Les fruits rouges de l’Aisne qui cultivent le champignon trichoderma harzanium qui protège les plantes des autres champignons pathogènes, Vendéa qui désinfecte ses sols entre deux productions de mâche par simple solarisation, ou Champey qui utilise la confusion sexuelle pour limiter la reproduction des insectes prédateurs.

Ces huit producteurs ont passé un accord emblématique avec l’Union Nationale des Apiculteurs de France pour accorder leurs calendriers et leurs pratiques, comme l’installation de jachères fleuries et d’amandiers…

A la fin, on a des producteurs heureux de relever le défi de la préservation de leur coin de planète, tout en vivant de leur métier, qui créent des emplois et les fidélisent… et toute une assemblée de responsables de la Grande distribution très attentifs à ces pratiques émergentes. Sans compter un ancien premier ministre de droite (Jean-Pierre Raffarin) et un ministre de l’agriculture de gauche (Staphane Le Foll) !

Une organisation de plus donc ! Qui pose elle aussi une question de fond : cette « nouvelle agriculture », écologique et productive, écologiquement intensive, qu’il est indispensable d’implanter au plus vite, quelles organisations vont la « porter » : les « organisations historiques » de la révolution agricole d’après-guerre, menées par la trilogie syndicats, chambres et coopératives, si elles savent faire une énorme mutation en quelques années, avec tous les problèmes que ça leur posera, ou bien ces nouvelles organisations qui commencent à fleurir, centrées sur ces nouvelles problématiques ? Un peu comme dans l’informatique et Internet où ce sont quelques étudiants géniaux et entreprenants qui ont depuis leur garage inventé les Apple, Microsoft, Google, Twitter ou Facebook et ont détrôné IBM et BULL, simplement en les ringardisant. On prend les paris !

Association Demain la Terre

Un film qui présente les actions de Demain la Terre

 

A propos Bruno Parmentier

Bruno Parmentier : Consultant et conférencier sur les questions d’agriculture, alimentation et faim dans le monde. Administrateur d’ONG et de fondations.
J’ai 67 ans et j’ai dirigé de 2002 à 2011 le Groupe ESA (École supérieure d’agriculture d’Angers), numériquement, le plus grand Groupe français d’enseignement supérieur en agriculture, alimentation et développement rural.
Ingénieur des mines et économiste, j’avais auparavant consacré l’essentiel de mon activité à la presse et à l’édition.
J’ai eu ainsi l’occasion de découvrir à l’âge mûr et depuis un poste d’observation privilégié les enjeux de l’agriculture et de l’alimentation, en France et dans le monde (nous avions 40 nationalités chez les étudiants et 14 chez les profs).
Il en est sorti trois livres de synthèse, un sur l’agriculture, sur l’alimentation et sur la faim. Trois livres un peu décalés, qui veulent « sortir le nez du guidon » pour aller aux enjeux essentiels, et volontairement écrits avec des mots simples, non techniques, pour être lisibles par des « honnêtes citoyens ».
Ce blog prolonge ces travaux et cette volonté d’échange.

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